Théroigne de Méricourt

Publié le par Louise

Elle avait fait partie de ma série "j'ai un nom à coucher dehors et je finis mal" il y a quelques mois (années?).

Théroigne de Méricourt fait maintenant partie de la catégorie "j'ai lu". La pauvre...

Enfin, j'ai lu une partie de sa vie, dans l'excellent ouvrage d'Elisabeth Roudinesco, "Théroigne de Méricourt, une femme mélancolique sous la Révolution".

En fait, son nom véritable n'était pas Théroigne de Méricourt, mais simplement Anne Josèphe Théroigne (ou Terwagne), née en Belgique à Marcourt en 1762. Son patronyme déformé et aristocratisé est une création de toute pièce de la presse royaliste qui se déchaînera contre elle durant la révolution.

Car, si elle n'a jamais reconnu ce nom, elle a été pourtant un des fers de lance du féminisme à la fin du XVIIIème siècle, embrassant les idéaux humanistes des révolutionnaires. Malheureusement, ces derniers ont "un peu" oublié la moitié de l'humanité dans leur désir de créer une société nouvelle... Et ce ne sont pas Théroigne de Méricourt ni Olympe de Gouges qui vont faire changer cette situation.

D'autant plus que la première finira folle et objet d'étude pour les aliénistes, dont Esquirol, et la seconde sera guillotinée; ça limite les ambitions...

Le livre d'Elisabeth Roudinesco présente donc une vie de Théroigne à travers le prisme de la psychiatrie autant qu'à travers celui de l'histoire. Il faut dire que près de la moitié de sa vie se déroula dans les cachots insalubres des asiles psychiatriques.

C'est aussi l'histoire du début du féminisme que l'on peut lire dans ces pages, et, honnêtement, ça ne rend pas franchement jovasse... Le mythe de la Révolution libératrice des âmes en prend un sacré coup dans l'aile quand on voit que les plus acharnés des Constitutionnels, les hommes les plus épris de liberté,  étaient aussi les plus machistes... Dur... On a beau le savoir, ça fait quand même grincer des dents.... Bon.

Il y a eu quand même des féministes chez ces hommes, Condorcet fut le plus grand, et le premier, et le livre lui rend hommage en le citant souvent.

Elisabeth Roudinesco cite aussi le Montagnard Lequino qui écrit ceci en 1793:

" le sexe féminin désire sincèrement la liberté, mais la force de l'habitude est telle que, malgré ses vifs souhaits, il n'ose pas se croire capable de l'obtenir, et cette nouvelle faiblesse vient alors accroître notre domination. Il faut donc, s'il veut vraiment être libre, qu'il sache se décider à secouer avec courage ces différents jougs auxquels il a l'imprudence de s'attacher lui-même ou de souffrir qu'on l'enchaîne."

C'est ce que je dis souvent: ce sont les femmes qui, la plupart du temps,  élèvent les enfants -filles et garçons. Si on voulait vraiment sortir de la phallocratie, nous avons toutes les armes pour le faire, il nous suffit d'éduquer nos filles et fils dans cette optique.

Et pourtant, combien de "parfaite petite ménagère rose" et de "GI Joe armé" seront offerts encore à Noël, comme pour perpétuer la soumission volontaire de la moitié de l'humanité. Ce serait si simple de changer les mentalités, il suffit juste de le vouloir vraiment. Comme le dira plus tard notre chère Simone de B : "on ne naît pas femme, on le devient".

Bien.

Voilà, c'était la minute "poing levé" de Louise "Virago" Garofano!

Trève de militantisme à deux francs, je vous recommande la lecture de cet ouvrage. On en apprend beaucoup sur Théroigne, sur l'esprit de la révolution, et sur les évolutions de la psychiatrie.

Publié dans j'ai lu

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marie-claude 15/11/2009 16:15


il me semble même que la société fait marche arrière ...
on redore le rôle des princesses objets de l'économie loisirs des parcs attractifs qui font le plein ... Au rayon jouets c'est marmites et électro-ménager miniatures pour faire comme maman ... Les
habits des toutes petites sont d'un aguichant ... Mais nos garçons s'habillent en héros dont ils ont la mesure ...
 


Louise 15/11/2009 09:46



ah, cher Président, votre ironie devient de moins en moins mordante. reprenez vous!



jean-marie 14/11/2009 20:31


bonsoir, cher Président,
oh, tu sais, moi, j'ai rien contre...
mais les lobbies des asso de parents d'élèves sont puissants !
comme le conservatisme (camouflé sous un progressisme vertueux) de pas mal d'enseignants
bon dimanche
jean-marie


Le Président 14/11/2009 18:50


Effectivement a quand le lycee "Ni putes ni soumises" ou la creche "Isabelle Alonso" , j ai hate!


jean-marie 14/11/2009 09:40


bonjour Louise,
merci pour cette belle suite de ton "feuilleton littéraire".
c'est vraiment très intéressant...
l'oubli de "la moitié de l'humanité" va durer plusieurs siècles après cette révolution et encore aujourd'hui, c'est loin d'être gagné un peu partout dans le monde...
encore un mur à abattre...
j'ai brièvement essayé de rechercher les lycées ou collèges portant le nom des ces deux héroïnes, que tu associes si justement... ils n'ont pas l'air d'être légion...
bon week-end
amitiés
jean-marie


Louise 14/11/2009 13:01


olympe de gouges est pourtant nettement plus célèbre que Théroigne.
oui, il y a encore de tres hauts murs à faire tomber, et celui-là ne sera des plus simples à abattre
merci