Théroigne est de retour

Publié le par Louise

Après le bel Anacharsis Cloots, je vous propose de relire la vie agitée de Théroigne de Méricourt.

Dans la série" je porte un nom à coucher dehors et je finis mal" je vous présente Anne Josèphe Terwagne, dite Théroigne de Mérincourt. Elle est née à Marcourt (Ardennes) le 13 août 1762.

Elle a une enfance à la Cosette. Sa mère meurt quand elle a 5 ans. Elle est alors confiée à une tante qui la traite en esclave après l'avoir abandonnée dans un premier temps dans un couvent.

Son père se remarie, mais la famille de Théroigne tombe dans la misère. La jeune fille de 13 ans, prend alors ses deux frères avec elle et fuit vers Liège. C'est alors qu'en 1778, à Anvers, elle fait la connaissance de celle qui va changer sa vie: Madame Colbert, dont elle devient demoiselle de compagnie. Elle apprend chez elle l'écriture et la musique. Théroigne devient une jolie jeune femme cultivée et raffinée.

Elle a 20 ans lorsqu'elle rencontre un officier anglais loin d'être gentleman. Ils partent à Paris et le jeune homme passe ses journées dans le stupre et la luxure. Théroigne le quitte bien vite. Il lui donne 200 000 livres qu'elle parvient à convertir en bijoux et en rente grâce à laquelle elle peut désormais vivre. Elle va de déception sentimentale en désillusion amoureuse: elle séduit un vieux marquis, s'éprend d'un ténor italien puis part à Gênes avec un castrat. Avant de quitter la France elle prend sous sa protection ses deux frères à qui elle trouve du travail , car son père est mort et la famille est dans la misère.

Le castrat n'est pas meilleur que les autres amants de Théroigne. Il l'escroque et en plus lui transmet une maladie vénérienne dont elle mettra un an à se débarrasser.

En août 1789, la carrière révolutionnaire de Théroigne commence. Elle s'installe à Versailles, et assiste aux débats houleux de l'Assemblée Nationale. Elle la suit à Paris en octobre, devient "La belle Liégeoise", se fait un nom dans le milieu révolutionnaire. Elle tient un salon le soir où se retrouvent bon nombre de tribuns de l'Assemblée. C'est à partir de ce moment que Théroigne devient la cible de choix de la presse contre -révolutionnaire: on lui reproche de n'être pas assez féminine , de s'habiller en amazone, de se mêler de politique, d'être une catin entretenue et surtout, on lance une campagne calomnieuse contre elle où on prétend qu'elle prit une part active et sanguinaire dans les journées d'octobre 89.

En janvier 1790, elle fonde avec un ami "la société des amis de la loi" dont le but est de tenir le peuple informé des travaux de l'Assemblée. Mais Théroigne a un défaut, elle est une femme. Et elle refuse la soumission de la femme à l'homme dans la société et dans la famille. Or, le féminisme n'est pas la caractéristique première des révolutionnaires, même des plus engagés... Son "association" sera dissoute à cause de cela en mars. Entre temps, elle fait l'amère expérience du machisme: en février, elle est exclue d'une marche de députés vers l'Assemblée non pas parce qu'elle n'est pas député, comme d'autres, mais parce qu'elle est une femme, tout bonnement...

Ce même mois, le club des Cordeliers refuse de l'admettre dans ses effectifs, malgré le soutien de Danton et de Fabre d'Eglantine, séduits par son discours enthousiaste.

Sa situation financière se dégrade, ses 2 frères lui coûtent cher encore. Et, coup de grâce, la presse monarchiste se déchaîne sur elle avec une hargne inouïe. Théroigne est contrainte de quitter Paris et la France. Elle part à Liège et achète un lopin de terre, décidée à fuir l'agitation révolutionnaire.

Mais bien vite, un nouveau complot est ourdi contre elle. On l'accuse cette fois d'avoir été envoyée en Belgique par les Jacobins pour renverser la monarchie autrichienne, rien que ça! Théroigne est alors capturée par un ancien ambassadeur d'Autriche en France, confident de Marie-Antoinette, et elle est conduite à Vienne en janvier 1791. Tentatives de viol, extorsion d'aveux imaginaires, violences, pressions , rien ne lui sera épargné. Sa seule chance dans cette sordide aventure est d'avoir affaire lors de l'instruction de son dossier à un fonctionnaire très scrupuleux et décidé à faire sortir la vérité et non pas à donner raison à son administration. Ainsi, sans aucune preuve contre elle, Théroigne sort de prison en août 1791, elle est malade. Elle rencontre l'Empereur Léopold à Vienne, plaide sa cause, est entendue et rentre à Bruxelles en novembre.

Elle revient à Paris en 1792, période trouble s'il en est. Echaudée par sa mésaventure viennoise, elle devient extrêmement belliciste. Ses positions extrêmes la rendent dangereuse à la fois pour les monarchistes et pour les révolutionnaires!

En mars, elle tente de regrouper de nombreuses citoyennes autour d'elle et de ses idées révolutionnaires et féministes , mais les femmes à cette époque restent enferrées dans le concept de femme au foyer soumise à l'homme et les tentatives de groupement de Théroigne sont des échecs.

Quoi qu'il en soit, elle est extrêmement populaire à cause des ses discours enflammés, de son engagement total pour la Révolution, elle est à l'apogée de sa gloire. C'est le début de sa déchéance, elle ne peut pas monter plus haut, elle va choir jusqu'aux tréfonds, poussée de toutes parts.

En avril 1792, le Club des Jacobins dénonce "l'amazone" coupable "d'avoir troublé l'ordre public". Aucun de ses anciens amis ne prendra sa défense. Le 23 avril, elle est huée et ridiculisée à l'Assemblée: " rien n'est plus ridicule que l'opinion d'une femme". En outre, elle est politiquement proche des Girondins, et ce n'est pas le bon choix, 1793 le montrera bientôt...

Théroigne doit en outre affronter de graves problèmes financiers. Elle quitte à nouveau la France jusqu'en mai 1793. Elle revient avec un texte qui sera son testament révolutionnaire dans lequel elle demande la paix (souvent femme varie...) et un projet de magistrature féminine.

Elle continue à assister aux travaux de la Convention. Mais, signe que les mentalités n'étaient pas prêtes à entendre son discours féministe, elle est lourdement mollestée par un groupe de femmes en colère à la sortie de l'Assemblée. C'est Marat qui la sauvera. Mais Théroigne ne se remettra jamais de cette humiliation qui en outre l'a mise face à face avec l'échec cuisant de sa vie.

En 1794, un de ses frères la fait enfermer dans un asile de folles, pour lui épargner la guillotine, sans doute, mais aussi et surtout pour se rendre maître du peu de fortune qui lui reste et pour se débarrasser de cette soeur vraiment génante.

Commence alors le dernier calvaire de Théroigne: 1797: grand Hospice de l'Hôtel Dieu, puis 1799, la Maison des Folles de La Salpétrière. La vie des détenues est abominable: maladies, manque de nourriture, brimades, saleté, froid, humidité...

Abandonnée complétement par ses frères, Théroigne sombre vraiment dans la folie: toute la journée elle répète des discours révolutionnaires, elle se livre à des "rites purificatoires" en s'aspergeant d'eau glacée chaque jour, dort sur sa paille mouillée, rampe, mord, se promène nue... Elle devient même sujet d'étude privilégié de l'aliéniste Esquirol. Il dira d'elle: " Théroigne ne peut supporter aucun vêtement, pas même une chemise. Tous les jours, matin et soir et plusieurs fois par jour, elle inonde son lit avec plusieurs deaux d'eau, se couche et se recouvre de son drap l'été, de son drap et de sa couverture l'hiver. Elle se plaît à se promener nus pieds dans sa cellule dallée de pierres et inondée d'eau. le froid rigoureux ne change rien à ce régime." Paradoxalement; sa santé physique devient très résistante. Théroigne trouve alors le moyen d'en finir : elle se laisse mourir de faim. Son corps est jeté dans une fosse commune le 23 juin 1817.

Sa vie, tragique et épique à la fois, inspira Charles Baudelaire et elle reprit vie au théâtre grâce à Sarah Bernhardt. Minces consolations pour celle qui fut une révolutionnaire convaincue, une battante dès l'enfance, une des premières féministes de l'histoire, une "amazone" comme Olympe de Gouges, mais une femme pour son malheur...

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Lisa 07/10/2006 20:27

dis donc Louise c'est le même article que l''autre fois !!
je me marre toute seule, moi qui pensais qui tu avais fait d'autres découvertes !!
bises du soir

Lisa 06/10/2006 23:10

Louise
je passerai lire les aventures de Théroigne, dés demain, tu sais que ça m'intéresse
en attendant je te souhaite une excellente soirée
bise tardive

louise 06/10/2006 13:39

je fais du neuf avec du vieux, tu as raison.Mais comme je l'ai dit pour Anacharsis Cloots, je ne peux me résoudre à oublier une deuxième fois ces gens au nom si particulier et aux vies si dramatiques.
quant à Baudelaire, il fut inspiré par sa vie, le fait qu'il ne la connaisse pas n'est pas le plus important. En revanche, j'ai recueilli cette info sur internet mais je cherche encore l'oeuvre baudelairienne qui traite de la belle Théroigne. il faudra que je me remette à ces recherches bientôt. je n'aime pas laisser les choses comme ça sans vraiment savoir!
 

dominique boudou 06/10/2006 13:03

Pour Baudelaire, il la connaissait de réputation seulement, puisque la Théroigne défuncta 3 ans avant sa naissance.

dominique boudou 06/10/2006 13:01

Louise, tu fais du neuf avec du vieux. Mais Théroigne le mérite. J'ignorais que Baudelaire la connaissait.