La Grande Thérèse Menot

Publié le par Olivier et Louise

 
Elle ne mesurait même pas un mètre quarante, mais elle était une des plus grandes figures de la Résistance de la région.

Thérèse Menot est décédée hier après midi, à l'âge de 86 ans.

Thérèse Menot c'est l'incarnation du combat pour la Mémoire de la Résistance et de la Déportation en Limousin,
arpentant sans relâche les routes pour aller dans les collèges et les lycées apporter son témoignage de ses 15 mois de déportation à Ravensbruck, mais aussi de la vie dans les camps, du travail forcé, du froid glacial, des marais, de la boue, des coups, de la mort, de ses camarades qui elles ne sont pas rentrées.

Elle voit le jour  dans une famille de cheminots. A 17 ans, en 1940, devant l'immense exode de la population française, Thérèse entre déjà en résistance contre l'injustice et distribue la soupe aux exilés du nord de la France arrivés à Limoges.

En 1943, Pierre Planteligne, chef d'un groupe de résistants  parmi lesquels le père de Thérèse oeuvre, et comptable à l'usine Gnome et Rhône de Limoges, demande un "adjoint efficace au service du personnel".

C'est ainsi qu'à 20 ans, Thérèse Menot entre dans le monde du travail, et dans celui de la Résistance active par la même occasion.

En effet, à ce poste, elle a la possibilité de dérober du papier, de l'encre, pour les tracts,  des cartes de travail vierges, pour les réfractaires au STO, elle distribue aussi les journaux anti-vichystes.

Elle sera dénoncée en janvier 1944, arrêtée, interrogée, torturée, elle ne dira jamais rien. En prison à Limoges, elle rencontre celle qui va devenir un de ses principaux soutiens, une Espagnole nommée Neige.

En wagons à bestiaux, elles sont déportées de Limoges à Compiègne, puis de Compiègne à Ravensbruck, dans les marais glacials de l'Allemagne du Nord. Il fait - 25 à leur arrivée. Elles sont entassées à 100 par blocks, surveillées, déshabillées, tondues, tatouées. Pour survivre elles ont une robe, une veste et une chemise avec un triangle rouge, et un tatouage, sur le bras, leur matricule. Elles perdent leurs noms, elles ne sont plus que ce numéro qu'elles doivent répéter en allemand.

Pendant 6 mois, Thérèse et ses compagnes travaillent à assêcher les marais pour agrandir le camp.

En juin, Thérèse est déplacée dans le kommando d'Holleischen en Tchécoslovaquie pour fabriquer des munitions. Elle sabote les cartouches en crachant dans la poudre ou en glissant un pou dans la balle, pour la transformer en pétard mouillé. Ses actes de sabotage seront sévèrement punis, elle sera transférée dans un kommando disciplinaire où elle devra, par des températures extrèmes,  déblayer la neige avec une planche.

Malgré l'horreur de la situation, elle tient. Elle résiste, elle lutte et elle oblige ses compagnes à tenir aussi. A se lever quand elles s'effondrent dans la neige, à lutter toujours, à se laver aussi, pour rester humaines et dignes.

Thérèse et Neige tiennent jusqu'au 5 mai 45 où les partisans tchèques et polonais libèrent le camp.

Thérèse rentre à Limoges 20 jours plus tard, pour retrouver sa mère et ses soeurs, mais son père, lui, est mort.

Là commence l'épreuve de la reconstruction: du pays, des lois, des esprits et des corps.

Thérèse Menot, comme beaucoup de déportés, ne peut pas parler de ce qu'elle a vécu. Pire encore, elle qui était si forte, sombre dans une profonde déprime et refuse de sortir de son lit et de manger. Ce n'est que l'intervention de son amie Neige qui lui rendra sa hargne.

Automne 45, elle reprend le travail à l'Arsenal, où, à son arrivée, les yeux se baissent: honte, peur, remords?

Et la vie reprend le dessus. Thérèse Menot, petite bonne femme, devient dès 1948 dirigeante et entraîneuse de l'équipe de basket féminine de l'Arsenal, et ce pendant près de 30 ans. 

A partir des années 50 , le travail de reconstruction et de mémoire va véritablement commencer. En 1955, elle expose avec l'abbé Varnoux, déporté à Mauthausen, des photos, objets et vêtements, à l'hôtel de ville de Limoges, en 1958, elle reçoit la médaille militaire à l'arsenal.

Et elle milite, sans cesse, pour les droits des travailleurs, pour les droits des femmes, pour la mémoire surtout.

Sans cesse elle se rend dans les collèges et les lycées pour parler de la déportation , de la Résistance , du rôle des femmes, elle crée un musée de la Résistance à Peyrat le Chateau, développe le Musée de la Résistance et de la Déportation de Limoges, organise des visites, développe le concours de la Résistance, et , chaque année -  sauf en 2009 - elle se rend, avec les lauréats de ce concours, en Allemagne, à Ravensbruck, pour leur montrer que ça a existé, qu'elle y était, et que des milliers ne sont pas rentrées.

Elle demande et obtient que la Place Maison-Dieu, derrière la gare de Limoges, lieu de départ des trains vers les camps, soit rebaptisée Square des Déportés.

Thérèse Menot n'a eu de cesse de faire valoir les droits et la mémoire des déportés, au sein de l'Amicale de Ravensbruck, en étant membre de la FNDIRP nationale, Présidente de la section Haute-Vienne de la Fédération.  

Cette implication incessante l'a menée au conseil municipal de Limoges en 1995, en tant que "personnalité indépendante". (notons au passage que le fait d'avoir été conseillère municipale n'a pas aidé Thérèse à avoir le téléphone au local de la FNDIRP 87.... Bref, fin de la parenthèse...) .

Thérèse Menot avait reçu la Légion d'Honneur en 1966, avait été promue au grade d'Officier en 1991, et à celui de Commandeur en 2008, elle était Chevalier dans l'ordre des Palmes Académiques depuis 1999, et Commandeur dans l'ordre national du Mérite depuis 2000.

Chaque année, elle venait présenter les parutions de la FNDIRP au salon du livre de Limoges, dans son petit coin sous le chapiteau.

Elle n'avait jamais déposé les armes,  luttant avec la même hargne contre la déshumanisation des camps et la maladie, contre le négationnisme et pour la mémoire, encourageant sans cesse les nouvelles générations à se souvenir, à comprendre, à lutter pour que jamais cela ne puisse se reproduire.

Une "Résistante à Vie" en quelque sorte.

Publié dans portraits

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sylvie 07/10/2009 23:30



Thérèse Menot n'a jamais eu le taouage de son matricule sur le bras. Seuls les déportés à auschwitz avaient le numéro tatoué sur le bras.



Le Président 13/08/2009 22:55

Non justement continue c est bien!!!

Enzo 13/08/2009 21:33

Ais-je émis une critique ? Non.

Le Président 13/08/2009 16:40

Merci Jean Marie!Thierry , je sais que tu as eu la chance de la rencontrer , malheureusement ce n est pas le cas pour Florence.......

Le Président 13/08/2009 16:37

Je passe souvent mon temps a te defendre Enzo simplement car je pense que tu as plus ta place en HP qu en prison , mais si tu me balances un mot de travers sur mon amie Marie Therese , je te vire a vie de mon blog.Bien a toi,Le President