Georges Guingouin, le premier maquisard de France

Publié le par Louise

 

Je fais du neuf avec du vieux, c'est  vrai. 

Je suis aujourd'hui victime de chauvinisme régional, c'est vrai aussi. 

Je vous invite à lire ou à relire ce papier sur Georges Guingouin, 1er Maquisard de France, libérateur de Limoges, ma ville, le 21 août 1944.

Georges Guingouin, Lo Grand.

 

Le héros de la Résistance limousine. Héros de la Résistance tout court car le courage et l'intelligence n'ont pas de couleurs ni de lieux de naissance,Georges Guingouin, est né le 2 février 1913 dans un village de la Haute Vienne, Magnac Laval. Son père, sous officier, est mort au front le 28 août 1914, sa mère est institutrice.

C'est la voie que Georges suivra, celle de l'instruction des peuples. Il devient instituteur à saint Gilles les Forêts, petit bourg Haut viennois, et secrétaire du rayon communiste d'Eymoutiers (Est du limousin).

 

LA GUERRE

 

En 1939, quand la deuxième guerre éclate, il combat dans le groupe des transports 120/124. Il est blessé en juin 1940. Là commence le véritable combat de Guingouin. Refusant d'être fait prisonnier par les Allemands qui viennent le chercher à l'hôpital, il fuit, et regagne ses foyers, le temps que ses blessures guérissent.

A partir de ce moment, dès juillet 1940, il organise la résistance.Il forme des groupes clandestins, édite et diffuse des tracts anti vichystes, fabrique des faux papiers.

Il prend réellement le maquis dès février 1941, en Corrèze, près de Soudaine la Vinadière.Guingouin devient "le fou qui vit dans les bois". Il se cache dans des cabanes, des trous , sous les feuilles, dans des souterrains...

Mais Georges Guingouin est aussi un formidable meneur d'hommes. Il devient le chef de la résistance civile en Limousin, fondateur du Maquis limousin. Les actions de ces hommes sont surtout tournées vers le sabotage. En octobre 1941, les cartes d'alimentation sont dérobées à la Mairie de St Gilles les Forêts, ce qui vaut à Guingouin une condamnation par contumace aux travaux forcés à perpétuité...

Les hommes qui oeuvrent pour la Résistance sont réunis en groupes armés, les Francs Tireurs. Cette création ne plaît pas du tout aux dirigeants du PCF qui ne croient pas à la possibilité de résistance organisée dans le milieu rural. On somme Guingouin de cesser son action. Il refuse. Le PC envisage de le faire purement et simplement exécuter. Mais l'homme chargé de cette mission, Pierre Lerouge, est revenu de la guerre d'Espagne avec la malaria et ne peut s'acquitter de sa tâche...

A partir de 1942, Guingouin développe la résistance militaire dans le secteur d'Eymoutiers, de St Léonard et de St Germain les Belles. Au cours des deux années qui suivent, il organise des campagnes de sabotage des ravitaillements des troupes allemandes, soit en faisant sauter les botteleuses pour priver les nazis de fourrage, soit en empêchant l'usine de caoutchouc du Palais sur Vienne, près de Limoges, de fonctionner pendant 5 mois, soit encore en détruisant les lignes de communication des allemands (cette histoire fera du bruit jusqu'à Paris, provocant la colère noire des nazis et donnant au Limousin le surnom de "Petite Russie"!!)

A partir du mois d'août 1943, Guingouin pousse la provocation jusqu'à signer ses ordres "Préfet du Maquis".

Durant le mois de janvier 1944, il regroupe 120 jeunes maquisards dans un chateau de St Gilles pour leur donner un entraînement militaire encadré et intensif. Les Allemands et les miliciens français tentent de plus en plus de capturer ces hommes et leur chef, mais toujours en vain. Les actions de résistance toujours plus efficaces et nombreuses poussent le Feldmarechal Rundsted à informer Hitler de la situation. Ce dernier décide de retirer du front de l'est la 2ème DB SS, dite "Das Reich", forte de 15000 hommes et de blindés et de l'envoyer dans le Tarn et Garonne afin d'attaquer les maquisards limousins.

A la mi-mai 1944, Léon Mauvais, dirigeant du PC clandestin de zone sud prend la direction du comité militaire zone sud des FTP et demande que soient pris les chefs-lieux des 3 départements limousins. Guingouin refuse de prendre Limoges.

Le 6 juin, les troupes anglo-américaines débarquent en Normandie. De Gaulle appelle les "fils de France" à combattre. Guingouin est bien décidé à le faire, les ponts sautent, les routes sont bloquées par les troncs d'arbres...

La division Das Reich, en provenance du Tarn et Garonne remonte alors vers la Normandie, s'arrêtant au passage à Tulle, le 9 juin, exécutant 99 hommes qui sont pendus en représailles aux morts allemands causés par la tentative de prise de la ville par les FTP. Cette division sinistre continue son chemin vers le nord, et c'est la tragédie d'Oradour sur Glane, le 10 juin, où 642 civils sont massacrés, à la mitrailleuse pour les hommes, brûlés vifs dans l'église pour les femmes et les enfants...

La situation se complique pour les nazis. Le 9 juin, Rommel a envoyé l'ordre aux troupes présentes à Limoges de remonter immédiatement vers la Normandie. Mais la 1ère Brigade de Guingouin capture le sturmbannführer Kämpfe. Le général Lammerding propose à Guingouin de le libérer contre 40 résistants, mais entre temps, Guingouin apprend l'horreur d'Oradour, et Kämpf est exécuté. Cet événement fait prendre du retard à la division Das Reich, et l'empêchera d'être placée à temps sur le front de Normandie.Le géneralissime Eisenhower reconnaîtra que ce retard "a sauvé la tête de pont alliée"...

 

 

Stèle en hommage aux Résistants tombés au Mont Gargan

En juillet 1944, Georges Guingouin apprend que les brigades allemandes de Clermont Ferrand, de Tulle et les milices de Limoges vont lancer une offensive sur ses positions du Mont Gargan. Le 14 juillet, Guingouin reçoit des munitions par parachutage depuis l'Angleterre. Les combats débutent le 17 juillet. Ils dureront jusqu'au 24. La Bataille du Mont Gargan voit la victoire des résistants, contrairement aux terribles combats du Mont Mouchet et surtout du Vercors qui furent des désatreux massacres de partisans. Mais la bataille du Mont Gargan n'a pas dépassé les frontières de la région... Pourquoi? L'histoire ne le dit pas...

 

Georges Guingouin, libérateur de Limoges

Le 3 août, c'est l'heure de l'offensive pour libérer Limoges. Guingouin devient le chef militaire de la 4ème brigade des FFI et procède à une manoeuvre d'encerclement de la ville avec 8500 hommes. Guingouin réussit à obtenir la capitulation du général Gleiniger. Nous sommes le 21 août 1944; Limoges est libéré, sans effusion de sang...Cet exploit vaudra à Limoges d'être qualifiée par De Gaulle de "Capitale du maquis".

Guingouin, victime d'un accident de voiture en novembre 1944, est réformé et se lance dans la politique. Il est élu maire de Limoges en 1945 et le restera deux années.Il est battu au scrutin suivant par le socialiste Léon Betoulle, qui avait voté les pleins pouvoirs à Pétain en 40... Il reprendra ensuite sa profession d'instituteur en 1953, mais pas en Limousin.

Car, à partir de la fin de la guerre, Guingouin est victime d'une ignoble affaire de règlements de comptes, de vieilles rancunes, de haines, qui le conduira presque à la mort. C'est "L'affaire Guingouin".

 

L'AFFAIRE

 

Elle débute dès son élection à la mairie de Limoges, avec un article du journal L'époque qui titre : "Banditisme et lâcheté: le soviet limousin". Le journal est condamné pour diffamation. Mais la première estocade est portée.

Georges Guingouin va être victime d'une machination terrible montée par les poiliciers et les magistrats qui avaient collaboré durant la guerre et qui voulaient sa peau à présent. L'accusation est portée par le commissaire Caverivière épaulé par l'inspecteur Aliphat. Les anciens vichystes veulent lui faire payer ses actes de résistance, les communistes veulent lui faire payer des actes de rebellion contre la ligne du parti et sa victoire. Guingouin est exclu du PC en 1952, car la liberté de penser est vue comme un danger terrible, Guingouin est devenu "l'ennemi de la pire espèce".

Attaqué de toutes parts, Guingouin est isolé. C'est la curée. Elle est menée par le député socialiste de Limoges, Jean Le Bail, qui considère la résistance comme "une farce grotesque". Il veut faire porter à Guingouin la responsabilité de deux sombres histoires de meutres et de réglements de compte : l'affaire Dutheil en Corrèze et l'affaire Parrichout en Haute Vienne.Guingouin prouvera sans mal que ces meurtres ne peuvent lui être imputés car ils ont eu lieu sur des secteurs qu'il ne contrôlait pas. Le Bail se déchaîne dans les colonnes du quotidien Le Populaire du Centre en écrivant les célèbres articles de la série "Limousin, terre d'épouvante" à la veille de Noël 1953. "C'est la déroute des tueurs" écrit Le Bail. Ses mots font mouche et Guingouin est arrêté le 24 décembre et incarcéré à Brive. Assommé par ses gardiens, il évite de justesse la mort. Il est transféré de nuit dans un hôpital de Toulouse où il ne peut pas être soigné. Sa femme se précipite à son chevet.

Des groupes de soutien se forment bientôt autour de Georges Guingouin. Ils font pression sur le juge d'instruction qui charge trois experts de l'examiner. Ceux ci relèvent les traces de sévices et écrivent: " que l'état de Georges Guingouin inspire de réelles inquiétudes pour sa vie."

Un Comité de défense se créé avec Claude Bourdet (Nouvel Observateur) et Françoise Seligman. Un jeune avocat défend Guingouin lors de son procès, il s'agit de Roland Dumas, fils de Georges Dumas, résistant lui aussi et fusillé par les Allemands en mars 1944 à Brantôme.

Guingouin obtient le non lieu, le procureur lui même, affirmant: "ne pas comprendre, en son âme et conscience, qu'on ait envisagé des poursuites contre Georges Guingouin." Mais cette réhabilitation n'arrivera qu'en 1959...

Alors que Lammerding, bourreau d'Oradour, passait une paisible retraite à Dusseldorf, la France écharpait un des ses plus grands défenseurs et héros.

Trahi par les siens, massacré par les socialistes, rejeté par les limougeauds, Guingouin part vivre sa vie loin de sa région, en Champagne, pays de son épouse, et prendra sa retraite en 1968.

Le PCF, par son secrétaire Robert Hue a fait acte de repentance en 1998 en réhabilitant Georges Guingouin. Mais celui-ci répond: "je ne demande rien à personne. La direction du PC fait ce qu'elle veut. Quant à moi, j'ai l'âge de la sérenité". Georges Guingouin était un homme libre, véritablement libre, jusqu'au bout. Il est décedé le 27 octobre 2005. Ses obsèques ont réuni plus d'un millier de personnes, reconnaissantes de son combat pour notre liberté.

 

Pour mémoire, voici ses décorations, tout le monde ne peut pas en dire autant:

- Officier de la Légion d'honneur

- Compagnon de la Libération

- Croix de Guerre 39/45 avec palmes

- Médaille de la Résistance avec Rosette

- King's Medal for Courage (GB)

- Acte de reconnaissance de la nation Américaine

- Médaille Garibaldienne.

Il n'a pas volé son surnom de "Le Grand".

 

Le monde entier a su reconnaître la valeur immense de Georges Guingouin, a su lui rendre hommage à sa juste valeur, alors que dans son propre pays, dans sa propre ville, il fut lynché. La France n'a vraiment pas fini de souffrir de son passé vichyste. Les vieux démons la hantent toujours.

 

Ce texte a été écrit grâce aux nombreux travaux réalisés sur Georges Guingouin. Pour cet article, voici les sources:

 

- site internet du crdp de Reims

- site internet de l'Ordre de la Libération

- Le Point.fr

- L'Echo du Centre

- Le Populaire du Centre

- les Amis du Musée de la Résistance de Limoges

 

Publié dans mctproduction

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DESPORT 25/07/2013 10:00


Bonjour,


je me permets de vous écrire car je pense que vous pouvez m'aider dans mes recherches.


Mon grand-père était résistant sur Limoges et je cherche à connaître son histoire (et la mienne par la même occasion). Son nom civil était Geodefroy Henri André Desport, il avait deux noms :
Totor (il utilisait la totorine) et Rigadin. Si vous pouviez me renseigner ou me diriger vers une personne qui le connaissait, je vous en serez reconnaissante.


Très cordialement,


Patricia Desport

LABROT 06/12/2009 11:11


Ai mis un lien de mon site vers le vôtre
Bien à vous

Pierre Labrot


louise 29/03/2009 13:09

plus qu'une nécessité, c'est vital; surtout à l'heure où les negationnistes de tout poil se montrent de + en + agressifs et surtout, malheureusement, parce que les temoins et acteurs disparaissent.

BAUDRU GERARD 29/03/2009 08:30

AMATEUR DE L HISTOIRE DES MAQUIS  JE SUIS UN SIMPLE CITOYEN MAIS LE DEVOIR DE MEMOIRE ME SEMBLE UNE NECESSITE POUR LE SOUVENIR DE TOUS LES MAQUISARDS

Eric Dauriac 28/01/2009 21:51

Cet article j'avais envie de le faire. Vous l'avez fait. Merci.Eric Dauriac

Louise 29/01/2009 06:14



l'important est que quelqu'un l'ait fait!
il faur parler de georges guingouin, il merite une reconnaissance bien plus etendue!