Regarder en essayant de comprendre : Germaine Tillion

Publié le par Louise

Encore ce week end, après Césaire,  l'humanité a perdu une de ses plus belles figures, un de ces tempéraments de feu, un de ces visages familiers, comme celui d'une grand mère de la campagne, une femme que l'on aurait pu croiser les matins au marché, avec en dedans un coeur et une âme de héros de la paix et de l'humanisme.

Germaine Tillion est décédée ce week end, cela n'a sans doute échappé à personne, à l'âge de 101 ans.

Elle avait consacré sa vie entière à l'étude de ses contemporains, en particulier en Algérie, en tant qu'ethnologue diplômée et reconnue.

L'armistice de 1940 la force à rentrer en France où elle entre , j'allais dire tout naturellement, en Résistance aux côtés de sa mère Emilie (bon sang ne saurait mentir).

C'est un prêtre, l'abbé Alesh, qui, reniant là le principe même de charité chrétienne les denonce et les fait par conséquent déporter à Ravensbuck. Germaine en reviendra plus forte et humaine encore, sa mère ayant elle était assassinée là-bas.

Germaine Tillion, durant sa captivité n' a jamais perdu son oeil d'ethnologue, observant tout, essayant de comprendre pour ne pas mourir: «Comprendre une mécanique qui vous écrase, démonter mentalement ses ressorts, envisager dans tous ses détails une situation apparemment désespérée, c’est une puissante source de sang-froid, de sérénité et de force d’âme. Rien n’est plus effrayant que l’absurde.»

Elle poursuit son travail d'historien après la guerre, en étudiant à la fois les crimes de guerre des nazis mais aussi les camps des soviétiques (ce qui la brouillera avec les communistes) .

Au début de la guerre d'Algérie, elle retourne dans ce pays qu'elle a déjà étudié et qu'elle aime tant pour lutter contre les exactions des deux camps, contre la torture, contre le mépris du peuple algérien et en particulier des femmes algériennes. Elle poursuivra son combat jusqu'à son dernier souffle, tout comme celui qu'elle avait mené pour l'enseignement en milieu carcéral. Résistante jusqu'au bout, déterminée et profondément humaniste, Germaine Tillion a été reconnue par la nation en devenant, en 1999, Grand Croix de la Légion d'Honneur, la plus haute distinction en France, que 6 femmes seulement ont reçue. 

Ni cette décoration, ni le temps n'ont eu d'effet sur son acharnement à aider les hommes, ainsi, en 2004 encore, elle se battait contre la torture en Irak. Les hommes étant capables de déployer tant d'ingéniosité pour détruire leur prochain, la détermination de Madame Tillion avait malheureusement toujours de quoi se maintenir en alerte.

Elle est décédée samedi, et nous perdons une partie de nous mêmes.

Publié dans coups de coeur

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jean-marie 23/04/2008 02:00

Bonsoir, Louise...à mon tour de te remercier.C'est bien ainsi que je comprends nos relations épistolaires.Dans mon esprit, il n'est pas question un instant de te voir modifier ta façon d'écrire... ce serait fort dommage ! En ce qui concerne leur contenu, tes articles m'apportent toujours quelque chose. Je considère que pouvoir parler sereinement est déjà formidable...amicalementjean-marie

Enzo 22/04/2008 14:10

C'est vrai, je poste souvent ici et chez Dominique Boudou. Cela permet, magie du net, de pouvoir parler à des Français hors d'un contexte de nécessité, moi qui n'en rencontre jamais.  

Louise 22/04/2008 11:18

> jean marie, je te remercie pour ce compliment qui me va droit au coeur. pour ce qui est de la haine, je voudrais juste te faire remarquer que mes commentateurs les plus , comment dire, "fidèles", si l'on excepte evidemment Dominique Boudou, sont deux personnes absolument et radicalement à l'opposé de toutes mes opinions: il s'agit de toi, et de "enzo".... alors la haine...... d'ailleurs, ça me fait beaucoup rire!! et ça m'a permis aussi de relativiser bien des choses, de ne pas systematiquement juger à l'emporte pièce (enfin, MOINS systématiquement!! on ne se refait pas!)même si les idées sont aux antipodes, sans la moindre chance de se croiser quelque part (surtout en ce qui concerne Enzo), c'est bien la raison qui doit primer. je n'ai pas la moindre envie de revenir aux temps pas si lointains des insultes et des empoignades repugnantes que ce blog a connu... everyone is invited, mais les crachoirs à haine sont à l'extérieur!

jean-marie 22/04/2008 10:52

Bonjour, Louise...j'ai pris du retard !même si on n'est pas toujours absolument d'accord (heureusement peut-être, sinon ce serait fort ennuyeux) je reconnais que tes hommages à ceux qui sont partis sont remarquables... remarquables aussi ton expression de tes amitiés et tes détestatations (je pense que tu ne dois pas aimer plus que moi le mot haine)amicalementjean-marie

Enzo 22/04/2008 05:29

Moi j'ai fête la naissance de ma fille le 19 avril. Sans alcool, je ne bois pas. Et le 20 avril ne représente rien pour moi.