Aimé Césaire

Publié le par Louise

Il est mort ce jour, mais son oeuvre et son influence resteront toujours.

Voici quelques passages issu du recueil "Cahier d'un retour au pays natal", pour sa mémoire:

 












Partir.

Comme il y a des hommes-hyènes et des homme-panthères, je serai un homme-juif

un homme-cafre

un homme-hindou-de-Calcutta

un homme-de-harlem-qui-ne-vote-pas

 

l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer de coups, le tuer – parfaitement le tuer – sans avoir de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne

un homme-juif

un homme-pogrom

un chiot

un mendigot

 

mais est-ce qu'on tue le Remords, beau comme la face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait dans sa soupière un crâne de Hottentot?

 

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Faites-moi rebelle à toute vanité, mais docile à son génie

comme le poing à l'allongée du bras!

Faites-moi commissaire de son sang

faites-moi dépositaire de son ressentiment

faites de moi un homme de terminaison

faites de moi un homme d'initiation

faites de moi un homme de recueillement

mais faites aussi de moi un homme d'encemensement

 

faites de moi l'exécuteur de ces oeuvres hautes

voici le temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme -

 

Mais les faisant, mon coeur, préservez moi de toute haines

ne faites point de moi cet homme de haine pour qui je n'ai que haine

car pour me cantonner en cette unique race

vous savez que ce n'est point par haine des autres races

que je m'exige bêcheur de cette unique race

que ce que je veux

c'est pour la faim universelle

pour la soif universelle

 

la sommer libre enfin

de produire de son intimité close

la succulence des fruits.

 

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Et elle est debout la négraille

 

la négraille assise

inattendument debout

debout dans la cale

debout dans les cabines

debout sur le pont

debout dans le vent

debout sous le soleil

debout dans le sang

 

debout

et

libre

debout et non point pauvre folle dans sa liberté et son dénuement maritimes girant en la dérive parfaite et la voici:

plus inattendument debout

debout dans les cordages

debout à la barre

debout à la boussole

debout à la carte

debout sous les étoiles

 

debout

et

libre

 

et le navire lustral s'avancer impavide sur les eaux écroulées.

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Publié dans coups de coeur

Commenter cet article

Enzo 19/04/2008 21:18

La mort a étendu son long manteau noir et pendant que les Français pleurent Aimé Césaire, notre peuple pleure celle du grand critique littéraire Georges Laffly.

Dominique Boudou 19/04/2008 18:02

Que son Panthéon soit son île, comme Sète le fut pour Valéry.

Leloire Marie-Claude 18/04/2008 16:14

sensible à sa négritude, j'admire ses poêmes qui le feront vivre par delà ses jours !