Hommage

Publié le par Louise

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Ainsi ce matin, la France a rendu hommage à Lazare Ponticelli, aux Invalides. 

Je n'ai pas pu voir la cérémonie dans son entier, mais ce que j'ai vu m'a laissé une impression mi figue mi raisin. 

Dans le principe, je n'étais pas favorable à la récupération de Lazare Ponticelli par la République Française qui l'avait envoyé dans la boucherie de la guerre. Cet hommage était pour moi un dédouanement hypocrite de la France face à ses propres gamins. 

Mais l'hommage de ce matin est allé plus loin encore que cela. 

D'abord, le discours de Max Gallo, qui a rappelé la vie de Lazare Ponticelli au travers du prisme de Primo Levi, Si c'est un homme, a été celui d'un historien. Et de ce fait, il fut sobre et honnête. Il a rappelé la guerre et ses abominations, les morts par millions, les terreurs des tranchées. Il a fait parler Lazare Ponticelli, citant ses propres mots face à la peur et à la mort. Il a rappelé les origines misérables et italiennes de ce gamin de 9 ans arrivé en France pour fuir la misère, et accueilli par cette République pour laquelle ensuite, à 16 ans, trichant sur son âge, il a voulu se battre, pour la remercier de son accueil. 

L'accueil de la France, la France terre de vie pour ce gamin immigré. Voilà une image qui fut belle. Qui fut nécessaire aussi sans doute pour faire réfléchir (on peut rêver) le Président qui pour une fois se taisait.
J'ai goûté le discours de Gallo, discours d'un historien. 

invalides03.jpgJ'ai goûté également le "face à face" de Lazare Ponticelli et de Sarkozy durant la Sonnerie aux Morts, et durant la minute de silence qui a suivi. Ce cercueil , paré des couleurs françaises, semblait être une gifle sur la gueule arrogante de Sarkozy et de sa politique d'expulsion et de rejet de l'autre. Cet immigré italien, devenu français en 1939 seulement, qui a risqué sa vie pour la France, qui a travaillé pour elle, qui lui a donné des enfants fut à ce moment là un symbole de vie et d'intégration. Je ne sais pas ce qui est passé dans la tête de Sarkozy à ce moment là, mais moi, devant mon écran, c'est que j'ai ressenti, un reproche. 

Reproche sans doute aussi devant l'oubli, durant près d'un siècle, de tous les Poilus qui n'ont même pas eu de tombe décente, pas de noms, pas de mort humaine en somme. Reproche peut être aussi d'avoir envoyé des millions d'enfants dans la mort, et d'avoir réitéré 20 ans après. 

Lazare Ponticelli avait souhaité cet hommage non pas pour lui, mais pour tous ceux qui avaient été oubliés de la République, volontairement ou pas. Mais il est des souvenirs qu'on préfère taire. Tirer sur ses propres soldats quand ceux ci ne veulent plus mourir pour rien, voilà un souvenir que la mémoire préfère gommer. Lazare Ponticelli était la dernière épine dans le pied de la France à ce sujet. Maintenant, il n'y aura plus que les livres.  

Je suis cependant soulagée car je croyais que la dépouille de Lazare Ponticelli resterait au Panthéon, mais j'ai appris ce matin donc que non, sa famille récupèrera le corps de son aïeuil, et il sera inhumé dans le caveau familial d'Ivry sur Seine. La République ne va pas l'arracher une deuxième fois à sa famille.

Publié dans mctproduction

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Louise 18/03/2008 13:03

rectification, l'Allemagne a perdu son dernier AC en janvier de cette année. toutes mes excuses.

Louise 18/03/2008 12:03

oui il reste d'autres anciens combattants. l'Angleterre est le foyer le plus riche, avec en prime le combattant le plus agé, issu de l'aviation,l'ancien empire ottoman, l'autriche-hongrie et l'allemagne bien entendu , ont aussi des anciens combattants de 14-18 , mais comme ils étaient du coté des vaincus, les pays en parlent moins....

Dominique Boudou 17/03/2008 17:44

Il semble qu'il reste d'autres survivants de la boucherie de 14/18 dans d'autres pays. A titre de plaisanterie, un ami évoquait le moment où il n'y aurait plus de survivants de mai 68.